Theresa May perd la majorité absolue au Parlement

19 Juin, 2017, 11:55 | Auteur: Abel Leblanc
  • Theresa May a tenté de rassurer les Nord-irlandais lundi 25 juillet

Le parti conservateur de Theresa May a échoué à reconduire la courte majorité absolue qu'il détenait jusqu'à présent à la chambre des Communes, ouvrant - de nouveau- ainsi une période d'incertitude politique au Royaume-Uni encore sonné, près d'un an après, par le Brexit.

Au cas où les conservateurs échouent à former un gouvernement, de minorité ou de coalition, un autre scénario est théoriquement possible: une alliance entre les travaillistes, le SNP écossais, les libéraux-démocrates, qui comptaient 314 sièges au cumulé dans les projections, avec l'appui éventuel des Verts et de petits partis régionalistes. Un soutien majeur qui lui procurera une brève majorité absolue.

Theresa May, qui disposait d'une majorité de 17 sièges dans le Parlement sortant, espérait avoir les coudées franches pour négocier un Brexit "dur " avec les 27 à partir du 19 juin, un an après le référendum pour la sortie de l'UE. Un an plus tard, le vote en faveur du Brexit était attribué à la faible participation de la jeunesse. Deux de leurs poids lourds, l'ex-dirigeant du parti Alec Salmond et son numéro deux actuel, Angus Robertson, perdent leurs sièges. En dehors de son raid sur l'Ukip qui a bel et bien lieu au profit des tories - son leader, Paul Nuttall, qui a remplacé Nigel Farage, perd son siège, laminé par son concurrent conservateur -, a tout raté. Jeremy Corbyn, le chef du Labour, largement réélu dans sa circonscription d'Islington, a réclamé la démission de Theresa May.

"'C'est assez catastrophique, c'est une très mauvaise nouvelle pour Nicola Sturgeon [la Première ministre écossaise] et sa revendication d'un deuxième référendum' sur l'indépendance de l'Ecosse", estime Iain Begg, enseignant-chercheur attaché à l'Institut européen de la London School of Economics [Le Monde]. Enfin, dernière réaction, celle des financiers... qui auront le mieux souligné aux Britanniques la difficulté de leur situation: hier, la livre a de nouveau chuté -de 1,5 %- mais la Bourse de Londres terminé en hausse de 1,04 %, les grandes multinationales voyant dopée la valeur de leurs revenus à l'étranger du fait de cette chute. En provoquant des législatives anticipées, la conservatrice Theresa May voulait renforcer sa main avant de négocier le Brexit. Theresa May n'a plus la confiance de personne, je pense qu'il est temps qu'elle parte.

À Paris, le Premier ministre Edouard Philippe a jugé que ces résultats étaient "une forme de surprise" qui ne remettait cependant pas "en cause" le Brexit. Dans un tweet publié en début de matinée, le négociateur en chef de l'UE sur le Brexit, le Français Michel Barnier, a prôné la sérénité: "Les négociations sur le Brexit devraient débuter quand le Royaume-Uni sera prêt; le calendrier et les positions de l'UE sont claires". De son côté, Donald Tusk, président du Conseil européen, a adressé une série de mises en garde contre une absence d'accord sur le Brexit. Résultat: "toute l'approche du Brexit est remise en question".

Au contraire, le parti travailliste fait un très bon score, décrochant 262 sièges, soit 29 de plus qu'auparavant. Son énorme pari s'est retourné contre elle de manière spectaculaire. Seul parti résolument europhile, les "Lib Dems" gagnent quatre sièges à douze mandats et ont prévenu qu'il n'y aurait "pas de coalition".

Theresa May avait convoqué le scrutin en avril, contrairement à ses engagements de ne pas écourter la législature, en espérant surfer sur des sondages créditant son parti d'une avance de 20 points sur le Labour.

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