Les trois membres de la famille Villemin gardent le silence — Affaire Grégory

17 Juin, 2017, 02:16 | Auteur: Christine Vaugrenard

C'est là, à Aumontzey, moins de 500 habitants, que Jean-Marie Villemin, le père de Grégory, a passé sa jeunesse, là qu'il a abattu, en 1985, Bernard Laroche, qu'il accusait d'avoir tué son fils, là aussi où, depuis des décennies habitent les parents de Jean-Marie, son oncle et sa tante.

Selon une source proche du dossier, les enquêteurs ont par ailleurs retrouvé des "notes" de Marcel Jacob où il affirme ne pas être le meurtrier de l'enfant.

Une belle-sœur du père de Grégory, Ginette Villemin, avait aussi été placée en garde à vue mercredi avant d'être remise en liberté jeudi.

De source proche du dossier, Jacqueline Jacob est restée mutique et son mari s'est contenté d'affirmer qu'il ne se rappelait de rien, face aux gendarmes qui tentent de percer le mystère.

A ce stade, "les investigations montrent que plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime", avait expliqué Jean-Jacques Bosc, procureur général de Dijon, en conférence de presse.

12h15: Ces interpellations relancent une affaire des plus énigmatiques de l'histoire criminelle depuis la découverte du cadavre de Grégory Villemin, quatre ans, au soir du 16 octobre 1984, pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne.

Autre nouveauté, permise par de nouvelles analyses en écriture, Jacqueline Jacob, la grande-tante de l'enfant, est désignée comme le possible auteur de plusieurs lettres de menaces envoyées en 1982 et 1983 à la famille Villemin: aux grands-parents, mais aussi au père de Grégory. "Il y a eu des repérages les jours avant le crime" a également assuré M. Bosc en précisant que témoignages indiquent que cest "l'homme à la moustache" qui était "parfois accompagné d'une femme" qui sont à l'origine de ces repérages et "surveillances". Monique Villemin, grand-mère de l'enfant entendue mercredi comme témoin dans les Vosges, aurait quant à elle écrit une lettre de menaces envoyée au juge d'instruction chargé de l'affaire en 1989.

Les enquêteurs se sont aussi penchés à de nombreuses reprises sur un mystérieux "corbeau" ayant revendiqué le meurtre de l'enfant en invoquant une "vengeance", en particulier dans une lettre postée apparemment avant la découverte du corps en 1984.

Si les expertises n'ont pas permis d'en identifier l'auteur, "on peut cependant observer une similitude importante des termes" utilisés dans ce document avec la lettre de 1983, a relevé le procureur général.

"Sur le fond, il n'y a pas d'éléments nouveaux", souligne-t-on de source proche de l'enquête, mais le logiciel d'analyse criminelle Anacrim, conçu et utilisé par la gendarmerie, a permis d'avoir "un regard neuf sur la procédure" en reconstituant la chronologie avant et après le crime et en pointant des incohérences.

Marcel Jacob a déjà été soupçonné, durant la procédure, d'avoir endossé le rôle du "corbeau", d'autant que l'incertitude planait sur son emploi du temps au moment du meurtre, mais il n'avait jamais été inquiété jusque-là. Néanmoins, le magistrat a tenu à communiquer les derniers éléments de l'enquête, après un bref récapitulatif du travail mené par la section de recherche de la gendarmerie de Dijon, qui a repris l'affaire en 1987, soit trois ans après le meurtre, jusqu'à ce que l'affaire soit close en 1993.

L'affaire n'en est pas à son premier soubresaut: en juillet 1985, le juge Jean-Michel Lambert opérait un spectaculaire revirement, portant ses soupçons vers la mère de Grégory, Christine Villemin, finalement innocentée en 1993 au terme d'un non-lieu retentissant.

Le dossier, qui comporte 12.000 pièces, a été rouvert en 1999, puis en 2008, pour tenter de trouver d'hypothétiques traces d'ADN sur les scellés. Depuis, 400 prélèvements ont été effectués, une centaine de témoins ont été interrogés et près de 2.000 courriers anonymes ont été analysés en détail.

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